Depuis presque trente ans, il n'y avait pas de Librairie-Journaux au Fousseret, il y avait "Chez Bernard". C'était l'adresse à laquelle on se rendait de 7 (et moins !) à 77 ans (et plus !), pour faire des achats variés, tous les jours de l'année (sauf le 1er mai), 10 heures par jour. Pour les petits, accompagnés ou non, c'étaient les bonbons ou les petits cadeaux, pour les écoliers, les fournitures, les habitués, leur Dépêche, les sportifs, leur Equipe, les oisifs, leurs mots croisés, les joueurs, leurs tickets à gratter, etc. Tout le monde allait "Chez Bernard" !
Ceci, me direz-vous, on aurait pu le trouver dans n'importe quelle autre librairie. Mais il y avait beaucoup plus. Ainsi, pendant ces presque trente ans de présence, le village, que dis-je, le canton a vécu à l'heure de Bernard qui a changé des centaines de piles et de bracelets à nos montres.
Curieux et efficace, Bernard mettait son point d'honneur à vous procurer tout ce que vous pouviez lui demander : un format inhabituel, une marque peu répandue ou un ouvrage à partir d'un titre incomplet, etc. Non seulement il faisait cet effort mais il prenait plaisir à ce challenge.
Derrière son comptoir, Bernard n'avait rien d'un grincheux. Arrangeant et conciliant, il recevait les récrimination des uns, les anathèmes ou les confidences des autres avec une humeur égale. Seuls ses amis pouvaient déceler au fond de ses yeux un petit éclat amusé ou agacé, selon le cas. Cette aptitude à écouter le faisait unanimement apprécier.
Enfin, pour les initiés, il n'était pas impossible de franchir le pas de l'arrière-boutique pour assister à quelques minutes d'un match de rugby, le samedi après-midi.Et puis voilà qu'en cet été 2008, Bernard a décidé d'entrer en "RTT", il a vendu son magasin et va pouvoir profiter de son temps après nous en avoir beaucoup donné.
Le magasin n'est pas fermé pour autant, la nouvelle propriétaire, Cécile Forquignon, a pris la place derrière le comptoir, dans un local à l'arrière du bâtiment, pendant que son époux rénovait la boutique.
Depuis le 5 août, les portes se sont réouvertes sur un espace plus grand et bien équipé qui a été inauguré le soir même, en présence de nombreux habitants, invités à prendre l'apéritif.
Nous souhaitons à Bernard une bonne retraite et à Cécile, le succès de son entreprise. Gageons que dans quelques temps, nous dirons "Chez Cécile" et ce sera gagné car le plus difficile dans un village, sachez-le, c'est de se faire un prénom.