Destination Afrique

Voyage au Sénégal

(par Paulette SAUVIGNET)

Mise à jour le 10/07/08

 



 

 

 



 

 

                 Petit état dans l’immensité du continent, le Sénégal est acculé à l’océan à l’extrémité ouest de l’Afrique, face aux îles du Cap Vert. Sur la latitude des Antilles et de la Thaïlande,  il jouit d’un climat tropical, sec de décembre à juin et humide et très chaud le reste de l’année.
                    Grand comme 1/3 de la France et peuplé de 10 millions d’habitants, dont près de 2 à Dakar, la capitale, c’est un pays plat bordé de 700 km de côtes, en grande partie peu hospitalières, battues par les déferlantes de l’Atlantique. Petit territoire mais peuple au métissage original et aux régions très diversifiées.
Au Nord, entre les terres arides du sud de la Mauritanie et le fleuve, s’étire sur 600 km la région du fleuve Sénégal ; son sol fertile, enrichi  par le système des crues, est propice à l’agriculture. Le fleuve, long de 1.700 km peut atteindre 25 km de large.
Le parc national des oiseaux du Djoudj, dans le delta du Sénégal, classé au patrimoine mondial de l’humanité, est  la 3ème réserve  ornithologique du monde. Ses 16.000 ha de lacs, marécages, marigots, mangrove de palétuviers alimentés par les marées, abritent  3 millions d’oiseaux quand vient la saison des grandes migrations. 366 espèces s’y côtoient dont pélicans blancs, ibis, aigrettes, cormorans, aigles pêcheur, oies de Gambie, flamands roses, grues, etc… Dans les bras d’eau, vivent crocodiles,  varans, hippopotames.
Le lac Retba, sur la grande côte, plus connu sous le nom de lac rose en raison de la teinte rosée de ses eaux lorsque le soleil est au zénith est le haut lieu de l’extraction du sel.. Il appartient à tout le monde, il « suffit » de le récolter et il fait vivre des milliers de personnes. Très dur labeur que ce travail d’équipe : un homme et une ou deux femmes. Le pêcheur loue la barque et creuse la couche de sable dur, 1m5O en dessous du niveau de l’eau avant d’atteindre le sel qu’il remonte à la surface et qu’il verse dans une corbeille maintenue entre ses cuisses ; une fois pleine,  il  la dépose sur le bateau et les femmes les chargent sur leur tête pour aller les déverser sur la rive. Chaque tas porte un numéro afin que le grossiste, qui viendra en prendre livraison, rémunère les travailleurs . Chaque groupe peut extraire jusqu’à 3 tonnes par jour ! Les journées sont longues, jambes et pieds rongés par l’eau, 10 fois plus salée que celle de l’océan, malgré les dérisoires protections que peuvent imaginer ces pauvres salariés.
St Louis, ancienne capitale coloniale est une ville historique classée sur la liste du patrimoine mondial. Elle est située sur une île dans l’embouchure du Sénégal et est reliée au continent par le pont Faidherbe long de 500 mètres,  construit à la fin du 19ème siècle sur des plans de Eiffel. Bien qu’ayant perdu, au profit de Dakar, son statut de premier port du Sénégal, le chantier naval est encore très actif et coloré. La ville abrite une importante communauté de Mourides dont  le portrait du  marabout s’affiche en bonne place sur les façades des maisons et des boutiques
La langue de Barbarie, cet étroit cordon de dunes qui s’étire sur 20 km le long de l’île est un important lieu d’accueil d’une multitude d’oiseaux migrateurs : pélicans, sternes, oies de Gambie, tisserins, flamands roses, hérons, ibis et bien d’autres.  En 2003, pour sauver St Louis des inondations, un canal de délestage fut ouvert dans la langue. Cette brèche qui s’agrandit inéluctablement devient une menace pour la survie  du parc
L’île de Gorée, petite citadelle aux rues étroites et aux maisons colorées, où on ne circule qu’à pieds, à 4 km au large de Dakar, est répertoriée au patrimoine de l’Unesco, en raison de son passé  de comptoir principal pour la traite des noirs. On  peut la considérer comme un mémorial de l’Afrique. C’est en effet d’ici que des millions d’êtres humains furent victimes de la part des Occidentaux et aussi des Africains, de ce monstrueux trafic, jusqu’à l’abolition de l’esclavage en  1.848.
La petite côte, au sud de Dakar, abrite les villages de pêcheurs, Joal, Fadiouth, Mar Lodj. En bordure de ses 120 km de plage de sable blond poussent baobabs, palmiers et  filaos. Ici se pratique la pêche traditionnelle, à la pirogue taillée dans le bois du fromager.  Le poisson est fumé, souvent à même le sol, et mis à sécher au soleil. C’est la région la plus catholique du pays avec une forte population de Mandingues.
Fadiouth, l’île aux coquillages, que l’on rejoint à partir de Joal, par un pont de bois de 600 mètres, lancé sur un bras de mer. Longue de 800 mètres, elle compte 10.000 habitants, en majorité chrétiens et Sérères. Elle s’est constituée au fil du temps par l’accumulation de débris de coquillages déposés là par les hommes. Un cimetière marin dans lequel reposent côte à côte musulmans et chrétiens, est accessible par une autre passerelle de 200 m. Les greniers à mil sont montés sur pilotis pour les préserver des rats et des incendies.
Le parc national du delta du Siné Saloum, avec ses 200 îles recouvertes de mangrove, de palétuviers, baobabs et fromagers est  morcelé en de multiples bras d’eau ( les bolongs) sur lesquels on navigue en pirogue  motorisée. C’est le paradis de la vie sauvage. Ici, au moins 300 espèces d’oiseaux (pélicans, hérons, sarcelles, goélands) y vivent de façon quasi permanente. Cette zone est répertoriée comme réserve mondiale de la biosphère. Y vivent aussi des hyènes, des lamantins, des singes……..
Au Sud, la Casamance recouverte de rizières, grenier du Sénégal, est séparée du reste du pays par l’enclave de la Gambie qui longe sur 300 km le fleuve du même nom.
Le désert du Ferlo, au centre, occupe 1 /3 du pays. Territoire de savane aux portes du Sahara, cette région souffre du manque d’eau et de l’avancée du désert liée à la déforestation. Les Peulhs y survivent en pratiquant l’élevage et l’agriculture.
La voie ferrée parallèle à la route défoncée relie Dakar à Tambacounda dans le sud ouest du pays et dessert les villages de huttes installés de part et d’autres de cet axe. Peu d’animation dans ses contrées où les vautours peuvent en toute tranquillité s’adonner au dépeçage des cadavres d’animaux.
Le parc national animalier de Niokolo Koba dans la partie orientale, à la frontière guinéenne, est un site du patrimoine mondial de la biosphère. Sur ses 190.000 ha de savane, il  abrite 350 espèces d’oiseaux  et 80.000 de mammifères dont quelques lions, éléphants, léopards, girafes et des phacochères, antilopes, singes. Ses habitants, les Bassari, les Bédik, les Tenda, forment une communauté très originale, restée fidèle au culte des anciens et aux rites initiatiques.
           Faisant partie de l’AOF au temps de l’empire colonial, le Sénégal fut colonisé par la France de 1887 à 1960. Malgré cette longue domination , le pays garde des liens étroits avec la France. Il faut garder en mémoire l’engagement à nos côtés des tirailleurs sénégalais pendant la deuxième guerre mondiale. Pays attachant par son mélange de modernité et de tradition  et par les signes de l’influence française qui reste présente 50 ans après l’indépendance. On retrouve entre autres la baguette de pain telle qu’on la connaît chez nous et d’innombrables mots français dans les différents dialectes.
           50% de la population vit dans les villes ;  ce  phénomène d’urbanisation s’accélère très rapidement et les problèmes de circulation se font sentir lourdement aux abords de la capitale. Des travaux autoroutiers de grande ampleur sont en cours. Le centre ville et les marchés typiques des vieux quartiers dégagent un certain charme.
            La langue officielle est le français mais les 10 millions d’habitants sont divisés en une vingtaine d’ethnies et autant de langues : Peuhls, Toucouleurs, Diolas, Mandingues, Bassaris, Bédiks, Sérères, Sarakollés,  Lébous etc. et Wolofs qui représentent à elle seule 36% de la population et dont la langue est comprise par une grande partie des gens.
            L’islam, pratiqué par 80% de la population, regroupe diverses confréries (Mourides, Tidjanes…) chacune ayant son propre marabout, guide spirituel respecté. Tout le monde, où  presque, est croyant mais les manifestations de la foi sont très particulières car elles répondent à plusieurs dogmes. En effet, toutes les cultures, de l’ islam à la chrétienté (10% de catholiques) en passant par l’animisme, toutes sont pigmentées de magie, de fétichisme et de superstitions diverses.  Ce qui offre une image très diversifiée de la foi.
            L’influence des missionnaires se fait surtout sentir dans les villages de brousse où ils ont implantés des écoles et des dispensaires. Les enfants, toutes confessions confondues, y suivent une scolarité normale.
            Une mention toute particulière pour la ville sacrée de Touba.  Outre son impressionnante mosquée fréquentée par de nombreux pèlerins tout au long de l’année, ce territoire est une propriété privée,  un état dans l’état avec ses règles propres régies par la toute puissante confrérie islamique des Mourides.  Cette petite région est devenue le plus grand marché du Sénégal où les produits de contrebande se vendent hors taxes et impôts, sans restriction, horsmis l’alcool et le tabac qui n’ont pas droit de cité. Le gouvernement ne dispose ici que d’un mince droit de regard !
            Les Mourides investissent beaucoup dans la formation de la jeunesse. Ainsi,  des élites sorties de Harvard,  viennent pérenniser le système économique et juridique de la communauté.
             Mais le taux de scolarisation de 40% seulement place le Sénégal derrière l’Inde qui atteint 55%.
           Non loin de là, la toute petite  mosquée de Djourbel, entièrement construite en paille, abrite la communauté des Bahye falls. Le marabout reçoit volontiers les touristes pour palabrer avec eux.
           Le reste du pays vit sous le régime  démocratique  d’Abdoulaye WADE qui  vient de gagner son deuxième mandat de président à une écrasante majorité, scrutin qui pourrait bien être empreint de quelques manœuvres corruptrices si l’on en croit les villageois qui confient, presque sous le manteau, par peur de représailles, quelques détails édifiants ! Toutefois, une volonté de décentralisation des pouvoirs semble se mettre en place petit à petit.
            A l’occasion de la campagne électorale, les femmes assistent aux réunions publiques sur la place du village.
            Malgré tout, le Sénégal est un des pays les plus industrialisés d’Afrique. Avec la pêche, le maraîchage, les ressources forestières (baobabs, fromagers), les industries textiles, les huileries, savonneries, conserveries, raffineries de pétrole,  l’extraction de l’or et l’élevage à grande échelle des ovins et bovins, il  atteint 40% de son PNB.  Le tourisme qui devrait engendrer plus de rentrées de devises, est freiné par la persistance des luttes intestines en Casamance.
           Les eaux sénégalaises sont parmi les plus poissonneuses du globe et les 60.000 pêcheurs des communautés Wolofs, Sérères et Lebous qui vivent le long des côtes perpétuent cette tradition ancestrale des métiers de la mer.
           Bien qu’importantes, ses exportations de phosphate, classées dans les premières au monde, ainsi que celles de poissons et d’arachide ne compensent pas ses importations ; la dette extérieure est très importante et le chômage atteint 25% de la population.  La tentation de quitter le pays est grande, mais le retour est difficile lorsque l’on rentre sans avoir fait fortune ; car le mythe de l’Eldorado français est tenace.
           De nombreux auteurs alimentent la littérature sénégalaise. Le poète Léopold Sedar Senghor, né à Joal en 1906, a la particularité d’avoir été, en 1960, le premier président de cette jeune République.
                             Ce pays aux mille facettes est attirant et chaleureux  et malgré ses difficultés de tous ordres reste une destination intéressante pour l’accueil que l’on y reçoit.